Projet de diplôme 2020 – Architecture intérieure – Justine Fontaine

 » Un parfum vert et humide baigne la sombre forêt vosgienne. Derrière l’épais rideau de conifères, je devine, plus loin, un ravin, parsemé d’imposantes pierres. Les notes s’intensifient, se teintent de bleu et m’immergent délicatement dans un paysage monochrome : un bleu céladon, légèrement givré, immacule les cèdres de l’Atlas. Le ciel réapparaît et le sauvage laisse place à une végétation domestiquée. Je me surprends à rêver d’un verger luxuriant : des rosiers en fleurs émanent de délicates effluves florales mêlées aux arômes fruités des poiriers et pommiers. Et je devine au loin une vaste étendue verte qui me projette dans une nouvelle mise en scène végétale : le jardin français. Dans le silence profond, je me fonds dans l’idéal rêvé d’Albert Kahn, dans son œuvre sensible.

Le corps blanc me fait face. La grande structure se dévoile enfin. La douceur de ses courbes est soulignée par son squelette arqué en fer forgé. Toute de blanc vêtue, elle se détache du corps végétal qui l’enserre. Coiffée de verre, sa coupole lumineuse reflète le ciel vaporeux et m’éblouit. Cette serre m’interpelle, elle dégage une âme profonde, au-delà du palpable. C’est une douce caresse, une aura porteuse d’émotions mélancoliques baignant dans des songes d’antan. Elle est le reflet de l’incarnation architecturale et végétale de la muse secrètement fantasmée.
Je me mets à rêver délicieusement : la serre devient palpable, perceptible, liminale. Dans ces nuances les plus infimes, la vie des sens est ici décuplée et imprégnée d’une essence mystique. Je l’éprouve, effleure sa nudité chantante et envoûtante. Ce lieu de délectation propice à la solitude et au repos, est un retrait de pensée, une espèce d’oratoire.

Je la caresse et dans un ultime peau à peau, la grande dame se révèle dans ses plus subtiles évocations, ses plus merveilleux éclats, ses finesses les plus exquises. »

 

Peau à Peau est le projet d’une nature, celle des jardins d’Albert Kahn, qui se réincarne à l’intérieur de la serre du domaine pour habiter spatialement et sensuellement l’espace intérieur, en lui donnant ses qualités à la fois plastiques, olfactives et gustatives.

Ce lieu forme un monde à part composé de multiple cosmos climatiques. C’est une parenthèse, un temps charnel et de délectation où les mises en scènes sensorielles invitent les visiteurs à faire corps avec ce lieu.

Dans cet espace rituel, les corps se dénudent et font l’expérience d’un peau à peau avec l’architecture. Textures, parfums, saveurs, se démultiplient à travers l’espace et investissent le corps en surface et en profondeur. Différentes températures, matières, lumières, donnent une présence à ce lieu ; cette fameuse présence spectrale.

Soufflant le chaud et le froid, mélangeant l’intime et le mystique, cette expérience du lieu crée une émotion architecturale totale.